mardi 9 mars 2010

Parce que c'est magnifique....

Ici

Ca parle d'amour, de lumière...
le titre de la chanson veut dire : les milles et une nuit.
Reprise d'une chanson d'Oum Kalthoum, chanteuse égyptienne.

Enjoy

Dialogue de sourd

Vécu par une femme active aujourd'hui, publié avec son autorisation bien sûr, après relecture...

Prologue : se rendant à un service de l'Education Nationale, une femme active dans l'associatif, se trouve face à trois hommes, deux acceptent de la saluer en lui serrant la main; le troisième "refuse clairement" en lui effleurant l'épaule. Ca ne va pas se passer comme ça, non monsieur. Un jour comme un autre, une confrontation pleine de sens....

Didascalie : F. (la femme), tentant de garder son calme; H. (l'homme), indifférent. Ton poli.

F : Pardon Monsieur, je m'excuse, pourquoi avez vous salué ces hommes, sans en faire autant avec moi? Suis-je sale? Mon odeur est-elle mauvaise?
M: Non, mais vous êtes une femme.
F : Vous m'avez bien effleuré l'épaule pourtant. Quelle est la différence avec une poignée de main?Je me sens humiliée, et déconsidérée. J'existe bien pourtant
M : vous êtes le bien de votre mari. C'est pourquoi je peux vous effleurer l'épaule, recouverte de vos habits, mais non pas vous toucher la main, nue qui plus est.
F : Je ne suis le bien de personne, et mon mari n'est pas plus le mien. Le mariage est autre chose que la transformation d'individus en possession. Je me sens rabaissée par vos propos monsieur.
M : "formule pour se prémunir d'un blasphème"
F : en refusant de me serrer la main parce que je suis mariée, vous installez de vous même un malaise, une ambiguité, car cela suppose que vous évitez de me toucher car cela pourrait porter à confusion. je sers la main de nombreux hommes, amis ou collègues; il n'y a en cela aucune ambiguité.
M : Vous avez tort, la femme doit préserver son honneur, et ne pas saluer les hommes.
F : Pourtant les femmes du prophète étaient actives, dynamiques même. La première était à la tête d'un cheptel. La dernière, Aicha, sa préférée, répandait l'enseignement de l'islam.
M : les vraies femmes musulmanes, pures s'entend, ce n'est pas ça....
F : vous sentez vous plus proche de Dieu que moi grâce à votre comportement?
M : oui, inchallah
F : et à quoi passez-vous vos journées? vous etes un professeur à la retraite n'est ce pas?
M : à la mosquée
F : et pensez vous que prier toute la journée vous rapproche de Dieu plus que moi? la priere est un acte personnel, que l'on accomplit quand on veut, comme on peut. C'est entre Dieu et vous, qui n'a pas à intervenir comme argument dans une telle discussion. Pour ma part, je trouve cela égoiste. Vous cherchez par vos prières à vous assurez une place au paradis, en délaissant vos semblables. vous ne pourriez pas ouvrir votre garage pour donner des cours du soir plutôt?
M : ca c'est vrai. Le prophète dans le Coran voit deux frères. l'un prie toute la journée, l'autre travaille et prend en charge son frère. Le prophète dit au premier que c'est le second qui est le plus pieux.
(....)

Je ne rapporte ici qu'une discussion, dans un contexte précis. Loin de moi l'idée de faire une généralité. je reviendrai de toute façon sur le rapport Homme/Femme en m'appuyant sur des études et des faits.
Le témoignage de ce dialogue vise surtout à montrer la difficulté du quotidien pour les femmes modernes, face aux hommes qui défendent la tradition, au détour d'une rue, dans une boutique, dans une administration, à un feu rouge. discussion ou dispute qui n'a pas lieu, bien sûr, si la femme ne réagit pas à l'indifférence.

dimanche 7 mars 2010

C'est quoi ton job?!

Ma mission de stage méritait bien quelques mots au moins (j'espère avoir l'occasion d'y revenir plus tard), court hommage à la raison de ma présence ici.
Que fais-je? où vais-je? d'où viens-je? Non, décidément, la dernière, on la gardera pour un autre jour, inch'allah.
Mais je peux m'essayer à rafistoler des bouts d'idées pour éclairer vos lanternes sur les deux premières interrogations.
Je suis stagiaire, ou plutôt assistante de la coordinatrice locale, pour un projet de développement économique à destination des femmes touchées par la migration dans la région de Khouribga. On reprend depuis le début :
-khouribga : cette ville minière entre Casa et Marrakech plus ou moins, est connue pour être le premier centre de phosphate du monde!! oui oui mesdames et messieurs, nous ne rêvons pas, je suis en plein milieu du terreau de l'industrie d'extraction marocaine. La chance!... L'inconvénient est que la ville est entièrement dépendante de l'activité des mines, et que son économie n'a pas réussi à se diversifier. Ajoutez aux manques de potentialités de travail un zeste de problèmes scolaires (un des plus fort taux d'analphabétisation du pays) et vous obtenez un bougiboulga de migrants, surtout vers l'Europe, dont la plupart en Italie. La coopération italienne est d'ailleurs partenaires du projet.
- les femmes : Dans cette situation difficile, les femmes sont les plus vulnérables. Elles ont dés les années 80 féminisé la migration marocaine par l'intermédiaire du regroupement familial; néanmoins, suite aux durcissements des politiques migratoires européennes et au changement de mentalités au maroc, le choix de la migration est progressivement devenu genré. Autrement dit, les femmes ont entrepris leur propre migration. Cette avancée des femmes sur l'espace public et économique offre des potentialités énormes pour un développement local qui prend en compte les discriminations sexuelles.
En effet, pour les femmes qui restent à khouribga, ou qui reviennent d'une période migratoire, ca reste coton....
- développement économique : Il aura fallu attendre que les bailleurs de fonds mettent à la mode le thème de la migration pour que les deniers pleuvent. Je reparlerai sûrement de ce sujet qui me chatouille plus tard.
Cela étant, une association locale, le CICSN a obtenu le financement de la Commission Européenne et du PNUD, dans le cadre de leur "initiative conjointe pour la migration et le développement".
Le projet a pour objectif d'encadrer des femmes dans la création de leur TPE. Ces femmes travaillent depuis longtemps à domicile pour subvenir aux besoins de leur famille (couture, patisserie, couscous,etc.), ont des économies, la volonté de s'épanouir personnellement et professionnellement, mais ni la force ou ni l'environnement favorable, ou ni les compétences... ou les trois à la fois.... Le projet propose donc plusieurs volets de formation : "de base" (alphabétisation), de "perfectionnement métier", et surtout de "gestion managérielle". Le tout assorti d'activités socio-culturelles pour renforcer la confiance et l'estime de ces femmes, toutes méritantes!
On organise aussi un séminaire pour attirer l'attention sur ce problème, avec des ministres ytoutytout, le 16 avril, et le projet compte aussi créer un fonds social de développement pour proposer des crédits à taux 0 pour les femmes en exprimant le besoin.
De leurs côtés, les italiens sensibilisent les migrants à leur rôle dans le développement local, et à un possible retour, ou tout du moins, à une possible association professionnelle avec les bénéficiaires, si j'ai bien tout compris (on a peu de visibilité sur le travail de l'Italie).
OUF!!!
- A quoi puis-je bien servir?: Et donc, Moya, avec ses petits souliers, est chargée de mettre son grain de sel, en gros d'évaluer, de critiquer, de proposer, d'aider à la mise en oeuvre à Khouribga, en faisant le lien avec le siège de l'association à Casablanca. Tant qu'on y est, j'écris un livre sur le sujet, autour des "best practices du projet" , de ce qui a marché, de ce qui a échoué, de ce qui aurait pu être amélioré, et comme ca ne me suffisait pas, je donne des cours de francais....
voilà succintement (ou pas) l'objet de ma présence ici, qui m'offre la belle opportunité de vivre dans ce pays, à 100%. Les bénéficiaires m'ont très bien accueillie, ont l'air d'aimer mes blagues en cours de francais (par geste forcément), donc tout roule de ce côté. Quant au projet, j'y reviendrai dans le détail prochainement....:)
(Morroco)

samedi 6 mars 2010

Vertige

Ca y est, je me lance à nouveau, prise d'une envie folle de plaquer des mots sur ce que je vis ici, et de les partager. Mon quotidien, mes illusions intactes, mes désillusions douloureuses s'il y en a. Elles viendront peut être, c'est ce qui fait la richesse d'une telle expérience.
Je vis dans un espace clos, un bocal bien hermétique entre l'atlas et l'océan, dans cette petite ville minière, aux airs de grand village, qu'est Khouribga. Mais malgré sa lente agonie économique, et sa vie au ralenti, elle m'a accueillie à bras ouverts, digne de l'hospitalité marocaine. Doucement, gentiment, sans grande manifestation, comme l'admet la discrétion de cette petite ville tranquille. Mais cette douce lenteur, ce rythme de vie sain, sans grande surprise, ni fêtes (ni alcools:)), qui m'a fait peur au début, qui m'a angoissée, m'a aussi cajolée pour que je l'adopte finalement. c'est mon compagnon de chaque instant, et l'ennui qui pouvait parfois me tourner la tête s'est transformé en temps de réflexion, de création, et de professionnalisme. J'apprends sur cette belle culture, sur mon futur métier je l'espère. J'ai les yeux grands ouverts, la bouche bée. Mais ma surprise de chaque seconde n'apparaît pas aux yeux du non-averti. Je vis, simplement, le quotidien de ma famille d'accueil, mon baba et ma mama, et leur fils, et leur cuisinière. Ma petite source de joie et de savoir ici, mon refuge de tendresse et de bonne humeur, mon repère, mes discussions, mes piliers dans ce pays inconnu, dont je ne comprends ni un seul mot. Qu'importe, les sonorités arabes viennent me chatouiller les oreilles, dans une musique continue, mais je ne recherche pas leur apprivoisement immédiat. Je les laisse venir à moi, en tempo, dans leur fine expression. Un jour, j'oserai les plaquer sur ma langue, je l'espère. Je vous le ferai savoir, toute fière... mais pour l'instant, l'heure est au partage de mes découvertes quotidiennes.
Alors bienvenus,