vendredi 9 avril 2010

J’ai croisé le regard d’un homme

En allant faire des courses, pour nous remplir la panse. Au programme de ce vendredi, du couscous bien sûr. Ce n’est pas une obligation mais plutôt une tradition : tous les vendredis, le jour le plus important de la semaine pour l’Islam, le déjeuner se compose d’un bon couscous à base de viande, de navets, de carottes, de courges, de courgettes, de pois chiche, et de grains de couscous.

J’accompagnais donc Naïma ce matin pour acheter le nécessaire, lorsque j’ai été frappée par un homme au regard si doux et si bienveillant assis devant l’entrée du magasin de victuailles. Il est en train de préparer la paillasse d’une chaise, avec seulement quelques brins, assis à même le trottoir. Il nous salue avec politesse, et déférence.

J’ai envie d’en savoir un peu plus. L’avantage de vivre dans une famille marocaine est que l’on a accès rapidement à ce genre d’informations. Il s’agit d’un homme sans le sou, qui vient tous les jours « prendre son poste » devant le supermarché, à l’heure d’ouverture, et qui en repart tranquillement à l’heure de la fermeture. Il ne vit de rien, de petites créations. Sans mendier.

J’ai une admiration sans borne pour ces gens qui se lèvent le matin, sans perspective d’avenir, qui s’habillent avec soin, qui font leur toilette avant d’aller occuper leur place sur leur trottoir, aux heures où la plupart des habitants vont au travail en rechignant. Qui restent toute la journée en plein soleil, sans se plaindre, sans mendier, en se consacrant tous les jours à une tâche rébarbative, avec application et concentration, avec le sourire. Ces personnes sont l’incarnation du courage, de la persévérance. Ils ont trouvé le moyen de supporter leur existence difficile en s’astreignant un rythme régulier, tous les jours de l’année. Alors que personne ne l’y oblige, qu’aucun patron ne l’attend, qu’il ne gagne rien avec la création de ses petits bonnets. Mais c’est sa clé de sortie vers une vie plus rose, sa façon de s’échapper de la noirceur.

Finalement, cet homme s’en sort. Il force le respect dans le quartier et la plupart des gens venant faire leur course lui achète un petit quelque chose, ou, ce qui le rend le plus heureux des hommes, lui confie de petits objets à réparer, comme cette paillasse qu’il avait dans ses mains abîmées en cette belle matinée ensoleillée….C’est comme cela qu’il a trouvé le moyen de conserver sa dignité…

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